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NOTES DE TÊTES

DÉCRYPTAGES, RÉFLEXIONS ET PARTIS PRIS SUR L'ACTUALITÉ BEAUTÉ ET BIEN-ÊTRE

LA BEAUTÉ FACE À LA FIN DU LIBRE CHOIX AVEC LES AGENTS CONVERSATIONNELS !

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

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L'alliance annoncée en juin entre L'Oréal et OpenAI mérite l'attention stratégique que sa dimension technologique a pu, sur le moment, éclipser. Depuis cet été, l'essayage virtuel Maybelline, propulsé par la technologie ModiFace, est directement accessible dans ChatGPT ; Lancôme et Kérastase bénéficient d'une visibilité renforcée dans les réponses générées ; SkinCeuticals, CeraVe et Garnier participent à un pilote de publicité nativement conçue pour l'IA ; un modèle baptisé GPT-Rosalind cartographie le microbiome cutané pour La Roche-Posay. Ce faisceau d'initiatives dessine un troisième âge de la découverte produit, après le moteur de recherche puis le réseau social.

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Ce basculement change radicalement le parcours d'achat. Après la discipline du référencement naturel, puis celle du contenu court et viral, s'impose une troisième discipline, présentée comme encore à inventer : structurer l'information produit avec assez de fiabilité et de granularité pour qu'un modèle de langage la restitue fidèlement et la transforme en recommandation, sans que l'utilisateur ne quitte jamais la fenêtre de conversation.

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Il y a pourtant de bonnes raisons de tempérer l'enthousiasme entourant cette nouvelle discipline, hors des groupes capables de négocier une alliance directe. Le précédent du référencement naturel sur les moteurs de recherche n'incite guère à l'optimisme : pendant deux décennies, les algorithmes n'ont cessé d'évoluer, souvent dans le sens d'une réduction du pouvoir laissé aux annonceurs sur leur propre visibilité organique, poussant mécaniquement vers la dépendance au référencement payant. Ce système avait au moins le mérite d'une porte de sortie : payer. Dans l'univers conversationnel, cette porte n'existe aujourd’hui pas sous la même forme, et l'opacité sur les mécanismes de recommandation semble plus totale encore que celle des moteurs de recherche à leur âge d'or : aucune marque, aucune agence ne sait aujourd'hui précisément selon quels critères stables un modèle de langage cite un produit plutôt qu'un autre d'une requête à l'autre. Une partie du travail proposé sous l'étiquette « optimisation pour l'IA » repose néanmoins sur des mécaniques réelles et documentées : structurer l'information, renforcer sa présence dans les sources jugées fiables par ces modèles, assurer la cohérence factuelle entre canaux, même si son effet reste diffus et non garanti. C'est surtout la promesse d'un placement ou d'un classement précis et reproductible qui relève, à ce stade, davantage de l'argument commercial que d'une méthode éprouvée.

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Cette compression du parcours d'achat soulève une question de fond : celle de la propriété de la relation client, quand la découverte et l'essai se déroulent au sein d'une interface tierce dont la logique de recommandation échappe largement au contrôle des marques. Les groupes qui nouent des partenariats stratégiques directs avec les opérateurs d'IA cherchent précisément à préserver une influence sur ces mécanismes avant qu'ils ne se figent. C’est une course de vitesse qui déterminera, pour la décennie, la répartition du pouvoir entre maisons de parfum / beauté et nouveaux intermédiaires technologiques. Deux voies semblent, à ce stade, réellement praticables : l'alliance stratégique directe avec l'opérateur, à la manière de L'Oréal, ou l'achat pur et simple de visibilité publicitaire au sein même de l'agent conversationnel, une option que ChatGPT commence d'ailleurs à ouvrir. Entre les deux, l'espace laissé au travail de structuration de contenu sans levier de négociation ni budget média reste à démontrer.

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L'outil interne de génération de contenu développé par L'Oréal illustre enfin un enjeu plus large : la puissance d'exécution que confère un nouvel outil ne dispense jamais du travail préalable de clarification stratégique. Un outil génératif nourri d'un brief flou ne produira, à une vitesse plus grande, qu'une médiocrité plus rapidement diffusée.

Pour les marques indépendantes, sans les moyens de négocier un partenariat comparable, la priorité affichée est de structurer dès maintenant leur information produit (composition, allégations, données de traçabilité...) avec assez de rigueur pour être correctement restituée par les modèles de langage. C'est un conseil raisonnable, dont l'effet de fond est réel : une marque absente des sources fiables, ou dont l'information est incohérente d'un canal à l'autre, part avec un désavantage structurel. Mais ce conseil mérite d'être assorti d'une réserve : sans visibilité sur les critères de sélection des modèles, ce travail relève d'une condition nécessaire, jamais d'une garantie de résultat, dans un système dont les règles ne sont écrites nulle part et peuvent changer sans préavis. Le présenter comme une fenêtre d'avantage compétitif suppose de l'aborder avec cette lucidité : construire les fondations, sans surestimer la maîtrise qu'on en tirera sur le résultat final.

Avec un outil comme GPT-Rosalind, qui cartographie le microbiome cutané pour La Roche-Posay, c'est en réalité le consommateur qui prend la main : il n'est plus simple destinataire d'un discours de marque ou d'une promesse clinique abstraite, il devient l'observateur actif et documenté de sa propre peau, capable de suivre dans la durée l'évolution réelle de son cas, de façon chiffrée et objective.

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Ce déplacement n'est pas neutre : la preuve d'efficacité change de main, elle s'échappe du récit de la marque pour se loger dans l'expérience mesurée de chaque utilisateur. Et c'est précisément ce gain de pouvoir individuel qui rejaillit sur la marque sous forme de contrainte : proposer un tel outil, c'est accepter de s'exposer, au sein même de son propre espace, à un jugement continu et incontestable, celui d'un consommateur devenu arbitre de la performance produit.

Cette exposition n'est pas seulement un risque à assumer, elle est aussi un aiguillon : une marque qui met en scène sa propre mesurabilité n'a plus d'autre choix que de faire converger discours et résultats, sous peine de voir l'écart entre les deux devenir, lui aussi, visible et chiffré.

La pression ne s'exerce donc plus seulement en amont, sur le discours ou le marketing, mais en aval, directement sur la performance du produit lui-même : pour rester crédible face à un consommateur désormais équipé pour vérifier, la marque est mécaniquement poussée à faire progresser l'efficacité réelle de ce qu'elle vend, non plus seulement ce qu'elle en dit. Cette asymétrie de pouvoir entre les plus petites marques et celles qui peuvent travailler avec ces outils (et donc entrer dans une course d’amélioration continue intensifiée) risque de se creuser encore.

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Reste une question plus large que celle du marketing produit : ces agents conversationnels ne se contentent pas de recommander des crèmes ou des fonds de teint, ils orientent, à chaque réponse, ce qu'un utilisateur va considérer, comparer, choisir, dans une conversation qui se referme sur elle-même et ne laisse voir, à aucun moment, le mécanisme de sélection à l'œuvre. Le moteur de recherche type Google affichait au moins une dizaine de résultats concurrents, aussi biaisé que fût leur classement ; le réseau social laissait défiler des alternatives, même noyées dans un flux algorithmique. L'agent conversationnel, lui, ne propose le plus souvent qu'une réponse, formulée comme une évidence, sans variante visible ni alternative à comparer.

 

 

 

C'est un outil d'orientation, et potentiellement de distorsion, de la pensée.

C’est un rétrécissement progressif du champ des possibles, dissimulé derrière l'impression d'un dialogue ouvert et personnalisé. Plus la conversation semble libre et naturelle, moins l'utilisateur a de raisons de soupçonner qu'elle a été, en amont, filtrée, hiérarchisée, et parfois monétisée sans qu'aucune mention ne vienne le signaler.

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Le risque n'est plus seulement commercial, pour les marques qui perdent la main sur leur visibilité : il est aussi celui d'une liberté de choix qui se réduit à mesure que l'intermédiaire technologique se fait plus discret, plus fluide, et donc plus difficile à interroger.

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Sources :

L’Oréal Finance, « L’Oréal and OpenAI join forces for Transformation in Beauty with AI », 17 juin 2026

Artificial Intelligence News, « L’Oréal brings Maybelline virtual try-on to ChatGPT », 22 juin 2026

Image l'Oréal

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